Dans les profondeurs du football brésilien

16 avril 2017

Un ramasseur de balle maladroit

pipoca

 

Le football Capixaba (d'Espirito Santo) est plein d'histoires pitoresques.

Récemment, à la mi-temps d'un match de seconde division (Serie B), deux ramasseurs de balles s'amusaient à tirer au but pour passer le temps. Sauf que n'est pas footballeur qui veut. Un des deux jeune a complètement foiré sa frappe et a envoyé le ballon directement en tribune. Ce dernier a rebondi sur les gradin avant d'aterrir sur un chariot à pop-corn en cassant une vitre au passage. La pauvre vendeuse s'en est logiquement pris verbalement au gamin.

La bonne nouvelle, c'est que le club s'engage à payer le préjudice.

 

Ci dessou, un lien du désastre en vidéo.

 

Gandula do Estrela erra chute e quebra vidraça de carrinho de pipoca; Assista!

O futebol capixaba é repleto de histórias pitorescas. Já teve ônibus atolado na areia, locutor de trio elétrico chamando os jogadores e torcedores adversários de corno, jogador que chuta errado e quebra vidraça... E, nesta semana, foi a vez de um gandula aprontar.

http://globoesporte.globo.com


http://globoesporte.globo.com/es/futebol/times/estrela-do-norte/noticia/2017/04/gandula-do-estrela-erra-chute-e-quebra-vidraca-de-carrinho-de-pipoca-assista.html

 


13 avril 2017

Épisode 2: Le champion est de retour

AdrianoBarbosaPivetta

 

Après avoir assisté à un bon Real vs Atlético, je me prépare à aller voir un Serra vs Vilavelhense pour clôturer ma journée. Rien de tel qu’un match de seconde division du championnat Capixaba pour se remettre les idées en place et se rappeler que le foot n’est pas aussi simple que Griezmann et Benzema le laissent entendre.

Fort de deux victoires en autant de rencontres, le Serra FC compte bien continuer sur sa lancée et confirmer ses ambitions lors de la réception du voisin de Vila Velha. À l’approche du stade Robertão, une importante présence policière se fait sentir. Les voitures bordent les trottoirs adjacents à l’enceinte ce qui contraste avec l’atmosphère tranquille de la première journée du championnat. Ça sent la bonne affluence.
Après avoir passé la fouille obligatoire, je suis reçu par un vieux monsieur vêtu du polo du club qui me souhaite la bienvenue avec une joyeuse humeur communicative. Tellement communicative que pour fêter ça, j’attaque ma première pause fraîcheur à la buvette. Ce sera la dernière.

 

La bande à Diego Alves

 

La tribune est bien garnie et je peine à découvrir un endroit libre facile d’accès. Je trouve néanmoins une rangée libre et je comprends vite pourquoi cet espace est vide. Deux rangs plus bas, accoudé à la barrière, un groupe d’amis ne passe pas inaperçu. C’est la fameuse bande qui criait « Diego Alves » lors du premier match. Ils n’ont toujours pas changer de refrain et à les voir de près, ils ont commencé la fameuse pause fraîcheur depuis plusieurs heures. Et ils ne la termineront pas d’aussitôt, pour le plus grand bonheur du gérant de la buvette.

Les équipes entrent sur le terrain, les fanatiques de la Torcida Cobra Corral situés dans la tribune d’en face jettent leurs pétards et la bande à Diego Alves fête la titularisation de son protégé. Debout sur la rangée du bas, ils empêchent une partie du public de voir le terrain et des bonnes femmes ne se gênent pas de le faire savoir en leur ordonnant de s’asseoir. Pas le temps d’obéir que les joueurs locaux ouvrent la marque quelques secondes après le coup d’envoi. Ironie du sort, le but est marqué par la star locale, Diego Alves. Je ne vous explique pas le bazar devant moi. J’ai raté ce but et je croise les doigts pour pouvoir assister tranquillement à la suite de la rencontre.

Le match est dominé par l’équipe de Serra qui impose sa puissance physique sur chaque duel. À défaut de se créer des occasions, elle contrôle la partie. Les adversaires du Tricolor essaient timidement de se montrer dangereux, via notamment leur numéro dix qui, avec sa patte gauche tente quelques ouvertures mal exploitées par les attaquants. Au bout de vingt minutes de jeu, l’arbitre envoie les deux équipes s’hydrater. Comme à l’accoutumer, les visiteurs se dirigent vers le banc de touche placé derrière la ligne de six mètres, en plein soleil.
La partie reprend avec un Serra qui continue de dominer. Et confirme même sa supériorité après l’heure de jeu sur un débordement de Diego Alves qui trouve un coéquipier libre à l’entrée de la surface. 2-0 à la mi-temps. Pour l’instant, il n’y a pas match.

À la pause, je reste tranquillement à ma place à écouter mon voisin réclamer de certaines décisions arbitrales. J’ai beau me démener pour lui expliquer mon point de vue sur l’interprétation des lois du football, je me heurte à son chauvinisme. Une sorte de Jean-Michel Aulas en tongs. L’intervalle s’éternise et la bande à Diego Alves semble avoir perdu des membres, mais le taux d’alcoolémie des fidèles restés en place, lui, ne faiblit pas.

 

Pluie de but

 

La seconde période redémarre avec les locaux entreprenants qui ne tardent pas à tripler la mise sur une action similaire à celle entre Griezmann et Correa quelques heures plus tôt. Du grand art. Et voilà que les joueurs qui s’enflamment. Ils commencent à combiner en passes courtes dans le camp du Vilavelhense ce qui pousse le public à chambrer l’adversaire avec des “Olé”. On sent que la rencontre est pliée. À chaque erreur technique, j’entends des blagues fuser autour de moi, contrastant avec les insultes destinées à l’arbitre proférées en première mi-temps. Le score n’en reste pas là. L’équipe tricolore rajoute deux buts sur deux coups francs en l’espace de quelques minutes. Puis après le second arrêt obligatoire afin que les vingt-deux acteurs puissent boire un coup, le joueur frisson du premier match fait son entrée. Avec son physique à la Jesus Navas, Joninha obtient un corner sur sa première accélération. Au bout de ce coup de pied de coin, le 6-0. Le score ne bougera pas malgré une petite reaction des visiteurs qui se heurteront deux sur Walter,le gardien de Serra.

Une bonne partie des spectateurs a quitté la tribune avant le coup de sifflet final, tout comme la bande à Diego Alves qui a déserté les gradins après le remplacement de l’attaquant. Nul ne doute qu’ils vont fêter la performance de leur poulain comme il se doit.
Radieux, je me dirige vers la sortie en repensant à l’efficacité redoutable de cette équipe capable de mettre six buts sur six occasions. Quel spectacle. Je me faufile au milieu des policiers militaires bien positionnés dans les rues autour du stade et, en m’éloignant, j’entends la tribune des fanatiques chanter « le Champion est de retour ». Je ne sais pas si c’est vrai, mais ça en prend le chemin.

 

El Pibe de Oreo

 

Crédit photo: Adriano Barbosa Pivetta

09 avril 2017

Épisode 1: ma première au stade Robertão

625872SERRA

 

Dans la France du ballon rond, il n'existe que deux divisions entièrement professionnelles. Au Brésil, un pays de taille continentale, il y a quatre divisions nationales professionnelles plus les championnats d'États qui eux aussi sont pros. Ce qui pose quelques problèmes aux équipes qui ne participent qu'aux compétitions régionales puisqu'elles ne jouent que deux ou trois mois dans la saison. Dans ces conditions, il n'est pas souvent facile de boucler un budget et monter une équipe compétitive pour aussi peu de rencontres.

C'est le cas du SD Serra FC, club de l'État méconnu d'Espirito Santo situé dans la ville du même nom, à quelques pas de la capitale Vitoria. Le club a connu une période faste entre 1999 et 2010 en remportant cinq fois le Capixabão (Championnat d'Espirito Santo) et en jouant deux saisons en seconde division brésilienne. Depuis 2012, le Tricolor Serrano végète en Serie B (seconde division) du Capixabão et en 2015 la direction s'est même vu obliger à annuler sa participation pour faute de moyens.

Mais cette saison, le club a l'ambition. Une nouvelle direction a pris les commandes avec le projet à court terme de décrocher une des deux places qualificatives pour la Serie A parmis six équipes. Afin de retrouver l'élite locale, sept joueurs expérimentés qui connaissent bien le football Capixaba ont été recruté pour épauler les jeunes récemment promus au sein de l'effectif pro. 

Le chemin de la promotion est long et commence par la réception du Sport Linharense, relégué la saison passée. Faute d'illumination, le match est organisé à 15h, au stade Robertão (grand Robert). Inutile de vous dire qu'à cet horraire, en région tropicale, le soleil est votre pire ennemi. Par chance j'habite à dix minutes à pied mais je dois m'armer de courage et de ma casquette pour monter la pente qui me sépare de chez moi à l'enceinte sportive. 
J'ai toujours pour habitude d'arriver tôt au stade. J'aime palper l'atmosphère dans les rues adjacentes et voir les tribunes se garnir. Cette fois, j'arrive qu'une demie-heure avant le coup d'envoi. J'ai surrestimé la capacité de ma copine à se préparer rapidement. Mais je n'ai rien perdu. Les rues sont calmes et les trois policiers militaires près de la billetterie semblent s'ennuyer ferme. 
Ma première surprise, fut d'être fouillé à l'entrée par un membre du bataillon de choc de la Police Militaire. Treillis noir, béret noir et, cousue en haut du dos une sorte de tête de mort accompagnée du mot Guerrillheros. Sur le coup, ça m'a un peu refroidi mais une fois installé en tribune couverte (alléluia un peu d'ombre), ce que je vois autour de moi me rassure. Des familles entières ont pris place pour suivre le match et le vendeur de popcorn en profite pour faire son beurre. Dans l'autre tribune latérale, en plein cagnard, les irréductibles ont installé des banderoles et chantent accompagnés par le rythme d'un tambour. Ambiance bon enfant au Grand Robert avec à vue d'oeil pas loin de cinq cent spéctateurs.
Juste avant le coup d'envoi, seconde surprise. Le banc des visiteurs est situé derrière une des deux lignes de six mètres, à quelques pas du point de corner. Va diriger ton équipe depuis cet endroit. Ça ne doit pas être évident.

Les premiers fumis de la Torcida Cobra Coral sont craqués et les pétards sont lancés. D'un côté, les locaux expérimentés aux carrures de déménageurs. De l'autre, les visiteurs avec leurs têtes de gamins et leurs jambes de poulets. La différence physique se fait sentir dans le jeu puisque c'est l'équipe de Serra qui se crée les principales occasions, toutes sur coups de pied arrêtés. Je m'attendais à voir le ballon voler d'un camp à l'autre mais pas du tout, ça sort le ballon depuis la défense, ça va de l'avant même si parfois ça manque de justesse technique et de soutien.
Au bout de vingt minutes de jeu, les joueurs ont le droit à une pause fraîcheur. Moi aussi. Juste le temps de faire un aller-retour à buvette pour prendre une bière et le jeu reprend. Les joueurs de Linhares insistent dans le dos des latéraux locaux et laissent entrevoir des mouvements intéressants. 
La première période se termine sur le score de 0-0 avec une légère domination pour le Tricolor Serrano. Que ce soit en France ou ailleurs, tradition oblige, je profite toujours de la pause pour gagner la buvette tout en refaisant les quarante cinq premières minutes autour d'une bière bien fraîche.
De retour des vestiaires, les visiteurs essaient de mettre du rythme en multipliant les raids, toujours dans le dos des latéraux serranos. Sans succès. 
Deuxième pause fraîcheur. J'hésite à boire une troisième bière. Puis non, je reste tranquillement à ma place et alors que la rencontre commençait à baisser de rythme, une dizaine de types hurlent dans mes oreilles. "Diegooooooo !!! Alvessssss !!!". L'heure des premiers changements est arrivée. Les amis de Diego Alves l'ont bien compris mais ce n'est pas ce dernier qui fera basculer le match, sinon un minot portant le numéro 17. Entré côté droit de l'attaque, Jhonihna réussit un bon centre en retrait sur son premier débordement. Le ballon est dévié dans ses propres filets par le central adverse. 1-0 pour le SD Serra FC.
Ce but a eu le mérite de dynamiter la partie dont les deux équipes, à l'instar de Jean Claude Van Damme, se rendent coup pour coup. Les contres attaques vont dans tous les sens, ce qui rend fou le public autour de moi. Sur chaque récupération de Serra, les supporters ordonnent au porteur du ballon à balancer côté droit, sur le petit 17, nouveau chouchou depuis son apparition sur le terrain. Et malheur au joueur qui n'obéit pas. Un déluge de réprimandes s'abat sur lui. Aucun but ne sera inscrit avant le coup de sifflet final. 

Il est l'heure pour moi de quitter le stade et quelques types continuent de crier "Diegooooo !!! Alvessss !!!", alors que les joueurs regagnent le vestiaire. Surement une star locale. Ou un gars qui pas mal d'amis. Bref, je retourne chez moi satisfait de ma première expérience avec le football Capixaba. Au final, le match fut très agréable à suivre. En chemin, je m'arrête manger un açai en songeant à prochainement assister à une rencontre de Serie A du Capixabão.

El Pibe de Oreo

 



Espirito Santo: État brésilien situé dans la région Sudeste, entre les États de Bahia et Rio de Janeiro.
Torcida Cobra Coral: Nom d'une association de supporters de SD Serra FC.
Linhares: Ville du nord d'Espirito Santo.
Diego Alves: Une star dans son quartier.
Capixaba: Nom donné aux habitants de l'État d'Espirito Santo.